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Paroisse de la Nativité du Seigneur - Chauffailles.

Paroisse de la Nativité du Seigneur - Chauffailles.

Diocèse d'Autun Chalon et Mâcon

Publié par Paroisse de la Nativité
Publié dans : #Regards et Souvenirs

LOUIS BOFFET 1921-1997

 

 

Pendant la première moitié du XX° siècle, une centaine de prêtres originaires des 14 communes qui constituent les deux paroisses de la Nativité et de Saint Joseph-entre-monts dépendant de la cure de Chauffailles ont exercé un ministère, le plus souvent comme curés, missionnaires, professeurs. Quelques-uns ont connu une plus grande notoriété dans l’histoire de l’Eglise de France, comme le Père Louis Augros de Belmont-de-la-Loire, fondateur et premier supérieur du séminaire de la Mission de France, ou le Père René Berthier de Coublanc, acteur majeur de l’enseignement religieux et de la presse catholique dans les années 60/80 ; le Père Louis Boffet, originaire de Chauffailles, de son côte, a d’abord exercé dans le diocèse d’Autun comme aumônier d’Action catholique et comme curé, période de renouveau de l’Eglise avec le point d’orgue du Concile Vatican II.

 

Comme évêque auxiliaire de Lyon au début des années 70, puis comme archevêque de Montpellier pendant 20 ans, il a été au cœur de la crise catholique qui a profondément déstabilisé l’Eglise catholique à partir de la fin des années 60. Comme il est intéressant de suivre un itinéraire ancré dans une terre et une famille profondément chrétiennes, marqué par l’affrontement des épreuves et les initiatives de renouvellement, de méditer sur les ressources d’une foi qui lui permettent de dire au terme de sa vie : « Malgré les difficultés et les croix qui n’ont pas manqué, j’ai été pleinement heureux dans mon sacerdoce et mon épiscopat. Ma vie a été une action de grâce permanente. »

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Le père de Louis Boffet, originaire de Chassigny, commune limitrophe de Chauffailles, s’était installé comme artisan mécanicien à Paris, avant de revenir, pour des raisons de santé, travailler chez son beau-frère à Chauffailles . A la fin des années 20, il s’installe à son compte pour développer une affaire de mécanique générale qui devait prendre un développement de nature industriel après la guerre, notamment en sous-traitance pour les grues Potain. Il n’est pas seulement un artisan entreprenant, mais un chrétien qui veut faire passer dans ses actes les valeurs qui l’animent. Inspiré par les principes du catholicisme social, il met en place après guerre un système de participation des ouvriers à la gestion et aux résultats de l’entreprise tout à fait original pour l’époque . Un observateur note alors que « l’enthousiasme du patronat d’alentours n’est pas évident, et l’Administration elle-même a boudé quelque peu cette initiative . »Aujourd’hui, l’entreprise Boffet compte parmi les principaux employeurs du canton de Chauffailles.

Un témoin de cette époque évoque ainsi l’ambiance de christianisme pensé et vécu qui animait la famille : « A Chauffailles , on n’ignorait pas les Semaines sociales, l’Action catholique, les rencontres de foyers.. ». Né en 1919, deuxième d’une fratrie de cinq enfants, Louis Boffet a répété souvent : « Ma famille a été ma première richesse », et il n’est pas surprenant que, très tôt, il ait manifesté le désir de devenir prêtre, comme en témoigne le souvenir de ses jeux d’enfant.

Il poursuit ses études secondaires au petit séminaire Saint-Hugues de Paray-le-Monial (qui devait déménager à Semur-en-Brionnais en 1944). Entré au grand séminaire d’Autun en 1940, dirigé alors par le Père Louis Augos, originaire de Belmont-de-la-Loire, bientôt fondateur du séminaire de la Mission de France, il entre en clandestinité en 1944 dans le maquis du Charolais pour échapper au STO. Expérience qui va forger certaines de ses convictions et expliquer telle ou telle posture qu’il prendra ensuite comme évêque. Il s’en expliquera dans une interview de 1989 : « Depuis longtemps, je suis en consonance avec la perspective de la non-violence. Cela est lié dans ma vie à un événement très précis lors des combats de la Libération en 1944 dans la cadre de la Résistance. A la suite du premier engagement auquel j’ai été mêlé, j’ai découvert 40 soldats allemands fauchés par nos armes. J’en ai gardé un souvenir d’horreur. » Il est incorporé en 1945, et, après quelques mois d’occupation en Allemagne, il termine sa formation au grand séminaire d’Autun et est ordonné prêtre en 1947.

Il faut s’arrêter sur cette ordination du 12 avril 1947 à Chauffailles qui vit l’accès la prêtrise de cinq ordinants originaires du canton : outre Louis Boffet, Louis Boudol, Henri Chuzeville, Jean Girard, Pierre Monveneur ; le même jour, les ordres mineurs étaient conférés à deux séminaristes, deux autres étaient tonsurés, et un séminariste « prenait la soutane ». La Semaine religieuse du diocèse évoque ainsi l’événement : « Il faudrait décrire l’atmosphère de fête de cette journée inoubliable. : les rues décorées, la longue procession de séminaristes et de prêtres précédant les ordinands, la parure somptueuse de soie blanche qui tendait l’intérieur de l’église, l’indescriptible entassement de la foule dans les nefs pourtant fort vastes, le cœur trop exigu pour recevoir tous les prêtres venus pour assister à l’ordination. » Les bouleversements de la guerre laissaient place à l’ordre ancien et pouvaient donner l’impression, avec 57 ordinands pour le diocèse d’Autun, d’un renouveau catholique ; mais déjà l’évêque s’inquiétait de la tendance longue à la baisse des vocations.

Les cinq ordinants de 1947 ................................... De gauche à droite : Jean Girard, Henri Chuzeville, Pierre Monveneur, Louis Boudol et Louis Boffet.

Les cinq ordinants de 1947 ................................... De gauche à droite : Jean Girard, Henri Chuzeville, Pierre Monveneur, Louis Boudol et Louis Boffet.

Un évêque face à la crise catholique

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Les 20 première années de la vie sacerdotale de Louis Boffet se déroulent dans le diocèse d’Autun où il est successivement vicaire de la cathédrale d’Autun, en 1951 aumônier de lycée militaire d’Autun et chargé de la JEC et de la JECF au plan diocésain, en 1954 aumônier diocésain de l’action catholique rurale. Un prêtre ouvrier, Paul Bernardin, alors séminariste à Autun, témoigne de l’effervescence de cette époque et d’une Eglise stimulée par l’Action catholique : « L’ouverture apostolique s’est faite les deux dernières années du grand séminaire grâce à la rencontre des aumôniers de l’Action catholique qui avaient beaucoup d’influence et de dynamisme à cette époque. Ils étaient les animateurs du jeune clergé. Il faudrait nommer en particulier Louis Boffet… » En 1963, il est nommé curé de Louhans et responsable de la zone pastorale de la Bresse. Il confiera plus tard que c’est à cette période qu’il a été le plus heureux de sa vie, période de chrétienté encore solide portée par l’espérance du Concile. En 1966, il est nommé vicaire général en charge du secteur Bresse, Chalon, Macon .

Lorsque le cardinal Renard est nommé archevêque de Lyon en 1967, il est porteur d’un projet de réorganisation territoriale telle qu’il y a participé précédemment en région parisienne comme évêque de Versailles. Il s’agit de faire éclater la métropole lyonnaise en cinq ou six évêchés, plus proches du terrain mais dans un esprit d’équipe collégiale dont le responsable aurait été l’archevêque de Lyon. Le sud de la Saône-et-Loire est concerné par un projet d’évêché qui couvrirait le roannais et le brionnais, et Louis Boffet participe naturellement à la commission qui étudie ce projet. Le 20 juin 1970, il est nommé évêque auxiliaire du cardinal Renard avec la perspective d’occuper un des sièges ainsi créés.

Mais l’ambitieux projet se heurte à des oppositions, traine en longueur, et débouchera sur la seule création du diocèse de Saint-Etienne dès 1970 . Louis Boffet, en attente d’une fonction qui ne sera pas créée, peine à trouver sa place dans la direction diocésaine. Il est nommé secrétaire général de la pastorale, fonction de coordination dont il est attendu que « le contenu se précisera à la lumière de l’expérience ».

Dans le diocèse de Lyon, où l’empreinte urbaine est particulièrement prégnante, la pastorale a été marquée dans l’après-guerre par un esprit de conquête : reconquête des milieux ouvriers déchristianisés par la mission ouvrière sous toutes ses formes ; conquête des nouveaux espaces d’urbanisation par la construction d’églises (41 églises sont construites dans l’agglomération de Lyon des années 50 aux années 60). Mais après la période d’euphorie du Concile Vatican II, dans la deuxième partie des années 60, on entre dans la « crise catholique » : les églises se vident et les programmes de construction sont stoppés ; les structures et l’autorité sont contestés. Une Eglise déstabilisée cherche un nouveau rapport au monde ; et c’est dans ce contexte que Louis Boffet va devoir assurer la coordination de la pastorale.

Pendant ses cinq années lyonnaises, avec Maurice Delorme, archidiacre de l’agglomération lyonnaise, Louis Boffet va tenter de faire émerger des formes nouvelles de pastorale urbaine, sur fond d’interrogation sur l’adéquation des paroisses et des mouvements d’Eglises traditionnels à une population en voie d’évolution rapide de ses valeurs et de ses pratiques. Ils espèrent que des unités territoriales nouvelles (UTN), regroupant plusieurs paroisses (21 pour l’agglomération), pourraient faciliter la collaboration et l’efficacité de prêtres exerçant des ministères différents. Ces prêtres pourraient être regroupés dans un Conseil du Presbyterium où pourrait se débattre les orientations et les formes de ce travail commun. Mais, ils doivent faire face aux résistances du clergé qui craint une forme de bureaucratisation, et au rejet des responsables de la pastorale ouvrière, sous l’emprise d’une vue de plus en plus politique et militante de la libération des classes dominées, et qui ne veulent pas d’une structure territoriale absorbante. Ces projets n’aboutiront donc pas à des structures pérennes.

Louis Boffet est aussi à l’écoute de prêtres qui recherchent de nouvelles formes d’action pastorale. Ainsi favorise t-il la nomination collective de cinq prêtres dans la paroisse ouvrière de Bron qui veulent affirmer une présence de l’Eglise par la présence au delà de la paroisse : travail à temps partiel, militantisme dans les mouvements pacifiste, de soutien aux réfugiés, d’action municipale. Partage t-il la tonalité progressiste de ces engagements ? « Progressif plutôt que progressiste ». Ainsi le définit un collègue de cette époque.

Mais, surtout peut-être, il marque cette période troublée par son profil d’homme de dialogue. Tels sont les témoignages qui reviennent : « immense civilité », « humilité » ; « Boffet était un médiateur, celui qu’on allait voir ». Il avait en fait trouvé sa place entre Maurice Delorme l’administrateur et le cardinal Renard paralysé par la peur que suscitait l’hostilité qui avait accompagné sa venue à Lyon. Face aux jeunes prêtres organisés en collectif et qui défient l’autorité, il continue de faire preuve d’une ouverture qui préserve les liens. Dans l’épreuve des ruptures (80 prêtres abandonnent leur état dans cette période pour le seul diocèse de Lyon), il est le médiateur à qui rend justice un ancien curé « Comme évêque, c’est à lui qu’on s’adressait le plus. On savait qu’on serait écouté ». Juste avant son départ de Lyon, il aura à jouer de ses qualités d’homme de dialogue lorsque le mouvement des prostituées, en 1975, occupera une église lyonnaise, situation qu’il contrôlera avec les militant du Nid. Soucieux d’apaiser les tensions nées de l’occupation de l’église Saint Nizier, il publiera avec le cardinal Renard un communiqué appelant à cesser l’occupation mais aussi à déployer « une énergie nouvelle au service de celles qui sont blessées dans une condition de vie dégradée. »

Cette même année 1975, Louis Boffet est nommé évêque coadjuteur de Monseigneur Tourel à Montpellier, dont il occupera le siège un an plus tard. Le clergé du diocèse ne voit pas arriver sans appréhension le brionnais réservé bien éloigné du caractère méridional. La bourgeoisie catholique de Montpellier se méfie sans doute aussi d’un prélat à la réputation libérale, dans cette période qui précède de peu le pontificat de Jean-Paul II et où la crise catholique est à son paroxysme. Louis Boffet lui-même perçoit qu’il doit convaincre dans un milieu intellectuel et culturel effervescent où il s’imposera moins comme docteur que comme pasteur, plus à l’écoute que par une parole qui tranche, comme il l’a expérimenté dans ses fonctions précédentes. Ses proches aiment encore à citer un de ses aphorismes qui résume bien ses préférences de comportement : « La vie n’est pas logique, elle est psychologique ». Dans le texte d’introduction du synode diocésain de 1989, il expliquera en quelque sorte sa ligne de conduite, égratignant au passage ceux qui (les prêtres en particulier) tendent à tout ramener au combat d’idées : « Les personnes ont plus d’importance que les idées, bien que celles-ci mènent le monde et qu’il ne faut pas les ignorer. Jésus, parole vivante, n’est pas un doctrinaire. Il ne se présente pas comme un scribe qui dispense un savoir, ni comme un philosophe qui vérifie des thèses…Quant à nous, aujourd’hui, nous avons nos idées, nos options, nos projets, nos méthodes. Je n’en dirai pas de mal a-priori. Ces moyens sont le fruit de la réflexion et de l’expérience. Mais quand ils font obstacle à la rencontre, quand des gens cherchant un homme, un frère, ne trouvent qu’un « auteur », alors malheur à nous ! ». Le christianisme est d’abord rentre d’une personne avant d’être rencontre d’un texte.

Après un long épiscopat de vingt années, c’est effectivement l’image du pasteur qui subsiste, du pasteur adopté au-delà de son troupeau. Un moment fort symbolise son encrage dans son diocèse, celui du millénaire de Montpellier en 1985 qui voit la rencontre entre l’évêque et le maire de la ville, le même Georges Frêche qui inaugurera en 2002 le square Louis Boffet. Et, en 1997, lors de sa messe de funérailles, un élu de Montpellier pourra dire : « Père Louis, vous avez été dans ce département un homme d’écoute et de dialogue. Tous les responsables, de quelque conviction, de quelque bord qu’ils soient vous en rendent témoignage ».

Dans le diocèse de l’Hérault, Louis Boffet se retrouve , en 1975, dans le même contexte général qu’il a connu à Lyon. L’historien Gérard Cholvy campe son arrivée : « Le voici à Montpellier au moment où la crise de l’Eglise de France n’épargne pas son diocèse, son clergé, ses laïcs engagés, tiraillés entre courant opposés à propos de la réception du Concile, sans parler de la minorité qui l’a refusé ». Mais, il y a aussi une histoire propre du diocèse de l’Hérault, territoire du Sud foisonnant d’initiatives de rupture radicale qui interpellent directement ou non la communauté catholique. Dès les années soixante, la communauté de l’Arche de Lanza del Vasto s’est installée près de Lodève, prônant un retour au travail paysan et des options non-violentes radicales dans l’esprit de Gandhi. D’inspiration chrétienne, avec des clercs partageant ses valeurs et s’inscrivant souvent dans le mouvement occitan, elle s’implique dès le début des années soixante-dix dans la lutte des paysans du Larzac contre l’extension du camp militaire qui devient un lieu de fixation du militantisme national qui associe revendication régionalistes et anticapitalistes. D’autres communautés prennent naissance dans l’Hérault, comme la « Théophanie » fondée à Montpellier par Jacques Loghart et qui s’installe auprès de l’Arche, ou la communauté du « Lion de Juda » créée aussi à Montpellier en 1973. Monseigneur Tourel s’est tenu à distance des mouvements charismatiques, marquant en particulier ses réserves face à Jacques Loghart qu’il a refusé d’ordonner prêtre. Il s’est heurté aussi à une communauté de prêtres et de laïcs qui mène une agitation virulente dans un esprit soixantehuitard, engageant contre eux des mesures disciplinaires qui troublent le diocèse.

Dès sa nomination en charge du diocèse, Monseigneur Boffet s’emploie à calmer le jeu. Il fait lever les interdits qui frappaient les prêtres dont la communauté se disloque peu à peu (l’un d’eux se marie avec une femme du groupe). Vis à vis du mouvement charismatique, il adopte une attitude prudente. A Lyon, il a connu la naissance du mouvement du « Chemin neuf » ; en 1976, il a fait partie de l’équipe d’évêques qui ont participé à la première rencontre nationale avec les responsables du Renouveau. Dans son diocèse, il n’a pas choisi d’être « protecteur » d’un mouvement dont les dérives de la « Théophanie » inquiètent. La communauté se déplace d’ailleurs bientôt à l’abbaye de Lagrasse dans le diocèse voisin de l’Aude, et une partie de ses membres finiront par rejoindre l’Eglise orthodoxe. Par contre, suivant d’ailleurs en cela Monseigneur Tourel, il manifeste sa sympathie pour le mouvement du Larzac. On se souvient des options non-violentes de Louis Boffet forgées dans le contexte de la Résistance. Il noue donc des liens d’amitié avec la communauté de l’Arche, en particulier avec Pierre Parodi qui sera la successeur de Lanza del Vasto. Avec d’autres prêtres de son diocèse, il participera à des rencontres sur le site du Larzac. En 1978, les militants organisent une marche sur Paris, s’attirant un message de solidarité personnelle de l’évêque : « Seront-ils entendus ? Pour ma part, je l’espère, car sans obliger qui que ce soit à me suivre, j’éprouve une profonde estime pour ces hommes et ces femmes du plateau qui, depuis 1970, mènent leur double vie, celle de paysan ?...celle de militant, car ils ne se battent pas seulement pour défendre leurs pâtures, mais pour défendre la paix. » L’attraction militante du Larzac ne s’affaiblira qu’après l’abandon du projet d’extension du camp militaire en 1981 après l’arrivée de la gauche au pouvoir.

Les premières années de la charge de Monseigneur Boffet furent donc marquées par des évènements qui ne manquèrent pas de susciter agitation et divisions et où, sans renier ses convictions, il eut à chercher les voies de l’unité. Dans un contexte plus apaisé, il eut ensuite à cœur d’engager son diocèse sur la voie de la rénovation de l’action pastorale. On cite de lui ce mot : « Un chrétien isolé est un chrétien en danger », conviction qui l’engage à favoriser les comportements collectifs, notamment la collaboration entre prêtres, diacres et laïcs ; diacres dont il porte le nombre à une quarantaine, laïcs qu’ il voudrait associer en nombre à la pastorale, ambition qui se heurte aux ressources limitées du diocèse. Il redouble aussi l’effort catéchétique, engageant par exemple une action dans la ZUP de Montpellier où une centaine d’animateurs participent à l’éducation chrétienne d’un millier d’enfants. En 1992, il crée un institut de formation à la pastorale. Il appuie la création de radio Maguelone, cette nouvelle manière d’annoncer la foi, avec ce moment fort de la messe de Minuit retransmise à partir de la gare de Montpellier en 1988.

Le point d’orgue de ce travail de rénovation pastorale sera constitué par la convocation d’un synode diocésain en 1989 « pour renouveler dans son effort missionnaire l’Eglise de Dieu dans l’Hérault ». Au gré de 7 séances tenues en 3 sessions en 1991 et 1992, le synode expose la démarche pastorale en direction des différents types de publics (enfants, familles, monde professionnel, migrants, etc .), non sans révéler certaines divergences par exemple sur la pastorale des divorcés remariés, l’appel des femmes à des ministères ordonnés, l’ordination d’hommes mariés. La nécessité d’une restructuration du territoire et du pilotage des paroisses est posée qui aboutira en 1997 à la création des conseils paroissiaux, et en 2001 au regroupement des 366 paroisses historiques (qu’il a toutes visitées au cours de son épiscopat) en 66 paroisses nouvelles.

 

  1. Louis Boffet, pasteur et administrateur, n’évalue cependant pas son action selon les critères de la réussite humaine. De lui, il y a ce beau texte en marge de notes de travail : « Nombre de nos contemporains ont apparemment une vie suffisamment active et variée pour ne pas avoir à se poser la question d’une vie spirituelle. Il semble qu’il y ait d’autres manières de réussir sa vie, de s’épanouir, sans connaître Jésus-Christ. C’est un mystère d’humilité ; humilité du Dieu de la Kénose qui s’est enfoui au cœur des réalités humaines qui le masquent ; humilité du disciple qui ne connaîtra cette présence cachée que s’il a lui-même un cœur de pauvre. » Il connaîtra bientôt lui-même l’humiliation d’un corps fatigué par la maladie qui le contraint en1996, à 75 ans, de donner sa démission d’évêque de Montpellier. Un an plus tard, il décède à Lyon à la maison de retraite des Petites sœurs des pauvres où il s’était retiré.

 

En complément de faits et gestes localement situés dans son diocèse, il est intéressant de relater certaines circonstances où Monseigneur Boffet apparaît dans l’actualité religieuse nationale, notamment au titre de sa participation à l’assemblée des évêques de France. Ces évènements rappellent avec plus de relief encore ce qu’a été la crise catholique dans les années 1970/80 par l’écho qu’ils ont eu dans l’ensemble de l’Eglise et de la société.

Louis Boffet était président de la commission de l’enseignement religieux au sein de la conférence de l’épiscopat ; c’est ce qui va l’amener au cœur de l’affaire du catéchisme, symptomatique des tensions qui agitent l’Eglise post conciliaire. Les directives du Concile Vatican II vont dans le sens d’un « aggiornamento » des catéchismes nationaux issus dans leur esprit et leur formulation du concile de Trente, et dès le milieu des années 70 les évêques publient les premiers documents catéchétiques. Tirant profit de la recherche biblique, influencés par un contexte de contestation sociale et d’engagement, ils sont rapidement contestés par les milieux traditionnalistes qui leur reprochent de dissoudre le contenu dogmatique de la foi. Avec Monseigneur Gilson, Monseigneur Boffet est chargé par la Conférence des évêques de présenter un catéchisme pour les 8-12 ans qui est publié en 1981 avec la signature des évêques de France sous le titre de « Pierres vivantes ». Les traditionnalistes proposent des catéchismes concurrents et saisissent le Vatican qui, dans un premier temps, soutient mollement les évêques. En 1983, le cardinal Ratzinger, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, critique ce qui, pour lui, « n’est pas à proprement parler un catéchisme », mais un ensemble de « parcours », de récits qui contournent l’exposé franc et direct de la foi. Une nouvelle édition révisée de « Pierres vivantes » doit être mise en chantier pour 1985. L’affaire ne trouvera pas vraiment de solution…et illustrera la faible autonomie des conférences épiscopales nationales face aux dicastères du Vatican. Monseigneur Boffet tirera lui-même les enseignements de cette affaire confuse lors de l’exposition « 1.000 ans de catéchèse » organisée à Montpellier en 1985 . « La définition d’un catéchisme est une entreprise difficile, même périlleuse, à laquelle toutes les générations sont confrontées depuis les premiers disciples jusqu’à Pierres Vivantes. La nôtre n’est pas logée à meilleure enseigne que celles qui nous ont précédés. Nous en savons quelque chose…L’enjeu consiste en un équilibre entre orthodoxie et attention portée aux signes des temps. »

A la même période, Monseigneur Boffet s’illustrera en se mettant en porte à faux par rapport à la « Déclaration sur la paix » de la Conférence des évêques en 1983 à Lourdes. On se souvient de ses convictions pacifistes forgées dans les combats de la Résistance. Dans la proximité de la communauté de l’Arche , dans l’amitié de Pierre Parodi, militant anti-nucléaire, il a trouvé un environnement qui confirme et argumente ses convictions. Aussi manifeste-t-il son désaccord avec une déclaration qui légitime la dissuasion nucléaire en s ‘abstenant lors du vote, sans suivre Monseigneur Gaillot jusqu’à l’opposition publique. Plus discrètement, il demande que les « appels constants des hommes et des femmes qui sont plus sensibles aux risques de la violence soient entendus . » Il conservera une certaine proximité ou du moins sympathie pour Monseigneur Gaillot, regrettant sa destitution en 1995, et s’associant à Monseigneur Vilnet, ancien président des évêques de France pour demander un convocation de l’assemblée des évêques en vue de « reprendre le dialogue avec les chrétiens et l’opinion publique ».

Monseigneur Boffet se trouvera à nouveau sous les feux de l’actualité religieuse nationale lorsque un certain nombre de prêtres et de laïcs lancent en 1989 « l ‘appel de Montpellier », à l’initiative notamment de Jean Rouquette, responsable du centre théologique diocésain, bibliste et auteur occitan reconnu, et de Jean Cardonnel du couvent dominicain de Montpellier, haute figure du progressisme chrétien. Un père jésuite, Bernard Lapize, nommé à Montpellier à son retour d’Algérie, a décrit précisément le contexte. Il est reçu par Monseigneur Boffet qui lui demande d’être présent au problème des migrants et des musulmans de son diocèse. « En sortant du parloir, je suis introduit dans une pièce voisine où se trouvaient quelques prêtres et des laïcs. Ils étaient là pour faire une lettre au pape Jean-Paul II, soupçonné, « accusé », d’enterrer le Concile. On lui reprochait de revenir en arrière sur beaucoup de points, mais surtout de ne pas se démarquer clairement des courants qui n’avaient pas intégré le Concile, en particulier les disciples de Monseigneur Lefebvre. On voyait apparaître ici ou là, dans le diocèse de Montpellier lui-même, des prêtres qui étaient autorisés à dire la messe en latin. On voyait aussi venir des séminaires des jeunes prêtres qui, par leur attitude, par les costume, semblaient vouloir revenir à l’Eglise d’avant le Concile. Chez beaucoup de gens que j’ai rencontrés à cette réunion, mais aussi ailleurs, l’enthousiasme du Concile était retombé. » Ce témoignage est intéressant parce qu’il montre bien les inflexions de la société catholique dans une période dominée par le charisme de Jean-Paul II et par le bouleversement des schémas politiques de l’après-guerre. Ainsi « l’ appel de Montpellier » est-il marqué par un « tout politique » caractéristique de la rhétorique des années 60/70, avec cette injonction : « l’Eglise veut-elle devenir le signe de la triple émancipation des travailleurs, des femmes et des peuples colonisés ? » En même temps, il dénonce des blocages sur la morale sexuelle et sur la discipline ecclésiastique concernant l’ordination d’hommes mariés et le ministère des femmes, thèmes qui resteront porteurs jusqu’à aujourd’hui.

L’appel de Montpellier , signé par Monseigneur Gaillot et soutenu plus ou moins par quatre évêques , aura un grand retentissement national et provoquera de vives réactions dans la masse catholique fidèle à un pape alors au zénith de sa popularité. Monseigneur Boffet, de son côté, apparaît embarrassé par le ton d’un appel, né au plus près de lui, et qu’il commente ainsi : « Il n’est pas anormal, et même souhaitable, que les chrétiens s’interrogent et réfléchissent sur les grandes questions que le monde pose aujourd’hui à l’Eglise, à condition que cette réflexion ne tombe pas dans la critique systématique, l’outrance du propos ou le procès d’intention…Je ne pense pas que le glas du Concile ait commencé à sonner dans l’Eglise ». Il appelle à dépasser les crispations : « Quel esprit nous unit ? celui de Babel et de la confusion des langues, ou celui de la Pentecôte et de l’unification des langues ? »

Ces différentes prises de position expliquent que Monseigneur Boffet ait conservé une image positive auprès des chrétiens progressistes. Ainsi dans son « trombinoscope des évêques » de 2012, la revue contestataire Golias définit-elle ainsi le diocèse de Montpellier : « Le Languedoc se caractérise avec la ville de Montpellier par une certaine vitalité culturelle et sociale, par une Eglise dynamique. Cette tradition a été bien incarnée dans les années d’après Concile par Monseigneur Louis Boffet, évêque en titre pendant une vingtaine d’années, témoin d’un engagement apostolique très généreux dont le point d’orgue fut sans doute en 1989 l’appel lancé par des chrétiens montpelliérains à ne pas enterrer Vatican II. Ce qui explique la désignation à Montpellier de prélats assez conservateurs tournant le dos à l’enthousiasme des belles années. » En associant Monseigneur Boffet à l’ « appel de Montpellier » Golias gauchit une position qui était plus nuancée. Curieusement, en 2006, la même revue Golias, analysant l’attitude des évêques face aux comportements traditionalistes semble lui reprocher une certaine bienveillance :  « Des prélats plutôt libéraux, comme jadis Monseigneur Boffet…peuvent se montrer plus complaisants. »

En tout cas, il serait réducteur d’apprécier Louis Boffet à la seule échelle du progressisme et du traditionalisme, car nous avons relevé de nombreux traits de son refus de se laisser enfermer dans les débats d’idées.. Au delà des stratégies politiques et religieuses, il note dans un des rares éclairs qu’il a livrés sur sa vie intérieure : « Je crois que la dimension contemplative est la face cachée mais fondamentale de l’agir chrétien. » Il y a là sans doute la clé de l’équilibre psychologique de Louis Boffet, de sa solidité dans la période troublée qu’il a traversée.

En 1983, Monseigneur Louis Boffet est reçu par le pape Jean-Paul II

En 1983, Monseigneur Louis Boffet est reçu par le pape Jean-Paul II

Monseigneur Boffet en compagnie de Monseigneur Etchegaray.

Monseigneur Boffet en compagnie de Monseigneur Etchegaray.

Le square Monseigneur Louis Boffet à Montpellier

 vues du square Monseigneur Louis Boffet à Montpellier.
 vues du square Monseigneur Louis Boffet à Montpellier.

vues du square Monseigneur Louis Boffet à Montpellier.

 

Mgr Louis Boffet et les Croix de Chemins

 

 

141 - Monseigneur Louis Boffet.

Chauffailles

 

 

 

       

Monsieur l'Abbé Serge Grobot

 

Paroisse de la Nativité du Seigneur :

Anglure sous Dun - Chassigny sous Dun - Châteauneuf - Coublanc - Mussy sous Dun - St Edmond - St Igny de Roche - St Martin de Lixy - Tancon - St Maurice les Châteauneuf

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Contact : Tél. : 03 85 26 02 92

Mail : paroisse.nativite@orange.fr

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Professions de Foi

( Voir détail et le diaporama en page 000 ci-dessous.)

 

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